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HENRI GUILLEMIN ou LA PASSION DE LA VÉRITÉ

Notice biographique

"Henri Guillemin laisse un nom qu'aucun historien de la France contemporaine ne peut ignorer", tel était le jugement que portait René Rémond dans "Le Monde", saluant "une oeuvre qui s'impose à l'attention en dépit - ou à cause, qui sait ? - de ses partis pris". Bertrand Poirot-Delpech voyait en Guillemin "un empêcheur de mystifier en rond".

Qui était donc cet écrivain prolifique (80 titres) et infatigablement non-conformiste, dont les audaces lui valurent d'être presque jusqu'à sa mort proscrit des ondes françaises, alors qu'en Suisse et Belgique tout le monde se souvient de ses émissions passionnantes ? Il avait en effet le rare don de susciter l'intétêt, tant il était ardent dans ses démonstrations, si austères que fussent parfois ses sujets.

On l'a accusé d'avoir jeté à bas la gloire de certains "grands hommes" dont il est de bon ton de ne retenir que les mérites : Voltaire, Napoléon, Benjamin Constant ou Alfred de Vigny. Bonaparte ? un aventurier qui mit l'Europe à sang et à feu. L'auteur de "La Mort du Loup", Vigny ? Un grand poète certes, mais qui s'abaissait à dénoncer à la police impériale ses compatriotes mal pensants (et gênants pour lui). Péguy ? Chantre admirable; hélas ! traînant sa plume lyrique dans l'ordure, il lui arriva d'appeler de ses voeux la mise à mort de Jean Jaurès, son ami de la veille, et de tourner en dérision avec cruauté Romain Rolland, son bienfaiteur. D'irrévérencieuses révélations qui suscitèrent contre leur auteur d'inexorables haines. Pourtant, ce "procureur des lettres" (dixit ses ennemis), plus qu'un accusateur fut davantage l'avocat des mal connus. Il a pris la défense de J.-J. Rousseau dénigré; réhabilité Lamartine que la critique convenable entendait réduire au rôle de "mandoliniste"; insisté sur le courage, la générosité de Victor Hugo, l'héroïsme de Zola renonçant à sa tranquillité pour défendre Dreyfus, ce à quoi rien ne l'obligeait, sinon cette "réquisition" morale dont parle Guillemin.

Enfin, chrétien fervent, Guillemin a évoqué la personnalité de Jésus comme il croyait qu'elle fut et le message que le Christ adressa au monde; là encore sa sincérité violente et son aversion pour les conventions dressèrent contre lui les critiques timides et les dévots.

Né le 19 mars 1903 à Mâcon, 57 rue Lacretelle, Henri Guillemin a été élève du lycée Lamartine de cette ville, puis du lycée du Parc à Lyon et enfin de la prestigieuse École Normale supérieure, où il fut le commensal de Sartre - ils restèrent bons amis - de Nizan et de Jean Guitton. Il fut le disciple et le secrétaire de Marc Sangnier, fondateur du Sillon, mouvement chrétien social. Une amitié très grande liait Guillemin à François Mauriac. Il eut de fréquents entretiens avec Claudel, à qui il consacra de nombreuses pages.

Après avoir enseigné dans différentes villes de province, dont Lyon, il fut nommé professeur au Caire puis à Bordeaux qu'il dut quitter en 1942 pour échapper à la police de Vichy et se réfugier en Suisse. La guerre finie, il devint attaché culturel à l'ambassade de France à Berne, où il restera jusqu'en 1962.

Fidéle à sa ville natale, à laquelle il réservait toujours la primeur de ses nombreuses conférences, en 1960, il vint s'installer à Chissey-lès-Mâcon où il résidait une grande partie de l'année, passant l'hiver à Neuchâtel où il s'est éteint le 4 mai 1992, abordant au rivage inconnu sur lequel il s'était si passionnément interrogé.

Maurice MARINGUE - Journaliste, il devint l'ami d'H. G.


« Ma conviction profonde ? »
Entendu; je jouerai le jeu. Je ne l'ai jamais fait. Le prosélytisme n'est pas mon fort, mais puisqu'on m'interroge, les yeux dans les yeux, je ne me déroberai pas.

J'ai essayé de bien réfléchir, posément, de me prendre en mains, de me rassembler. Il ne s'agit pas de discourir, mais d'atteindre et de livrer le noyau de moi-même.

....Tant pis. Avec tout ce que je puis d'intelligence et de bonne volonté, la voici, ma conviction.

Peut-on vivre sans une idée précise de ce que c'est la vie, du sens que ça peut avoir, cette course à la mort ?

.... Et si l'on me demande à présent : "Alors pratiquement, la vie, d'après vous, c'est pourquoi faire ?"je dirai c'est de tâcher, si je suis incapable de faire grand bien, c'est de tâcher, oui, au moins, de ne pas faire de mal; de travailler, comme je peux, dans mon coin, à dire ce qui me semble vrai; et d'essayer, enfin, d'être bon, de ne pas me tromper sur le sens de ce mot : aimer.

Extrait de "Ma Conviction profonde", textes inédits de Georges Simenon, André Maurois, C.-F. Landry, Henri Guillemin, Constant Frey, Robert Escarpit, Pierre Béguin, Dom Duesberg. Publié chez Pierre Cailler en 1963. Ces textes ont été originairement diffusés par Radio-Lausanne et réunis sous ce volume. Ce texte de Henri Guillemin est entièrement réédité à la suite de la bibliographie que nous avons établie, avec l'autorisation de la famille.


"Apprivoise-t-on une flamme ? Questionne-t-on le feu ? Interroge-t-on un brasier ? Je n'ai ni apprivoisé, ni questionné, ni interrogé Guillemin. J'ai fléché quelques pistes au long desquelles le feu a couru. Au passage, la superbe moustache de quelques-uns a pu en être roussie. Mais l'humilité de quelques autres en aura été éclairée. Ce qui fait Guillemin, c'est la pugnacité poignante d'un intense besoin d'aimer." Jean Lacouture, "Une certaine espérance", Arléa 1992.

"H.G. n'a jamais ambitionné être un biographe traditionnel; il a compris que, sous chaque (grand) homme se cache un être qui a ses petitesses. Il a voulu nous montrer, plus que d'autres qui ont la plume louangeuse, que la nature, finalement, n'a pas généré de surhommes." Michel Limoges, 5 mai 1992.


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